Le président de l’association Française des Pauvres et Déshérités condamné
Le détournement de fonds publics à des fins privées et le maintien en fonction de dirigeants condamnés sont illustrés par une allégorie. Cette mise en scène dénonce l’utilisation de ressources caritatives pour le confort personnel et l’usage abusif de recours juridiques afin d’échapper à l’exécution immédiate des peines.
Marine Le Pen et le Rassemblement National font face à des accusations d’emploi irrégulier de fonds européens. Les délais de justice, notamment les pourvois en cassation, permettent de retarder l’application des peines d’inéligibilité. Cette situation interroge l’égalité des citoyens devant la loi et l’intégrité du processus démocratique.
Connaissez-vous l’association Française des Pauvres et Déshérités ? Moi non plus, jusqu’il y a quelques jours, je méconnaissais totalement l’existence de cette structure qui indique, dans ses statuts, se donner pour objectif de « venir en aide aux personnes dans le besoin par la fourniture de nourriture, de logement et de biens, sans jugement aucun d’origine de quelque nature que ce soit«
Beau programme sur le papier. Une structure, probablement subventionnée par l’Etat – et donc pas nos deniers – va venir en aide aux plus défavorisés et leur offrir quelque moyen de subsistance et de survie. Chapeau bas, Mesdames et Messieurs, vous réalisez là une opération de salut publique.
Cette association, qui n’a pas publié ces chiffres depuis quelques années – sans doute débordée qu’elle est par la gestion quotidienne de ses bénéficiaires – va voir son bureau renouvelée d’ici un an, avec élection du président, du secrétaire, du trésorier … Bref, un microcosme démocratique qu’encadre la loi de Juillet 1901. Et c’est une bonne chose, c’est un moment important dans la vie associative et démocratique que de poser des jalons de mesure des avancées, des opportunités de projection voir de rajeunir les conseils d’administration qui, parfois, vieillissent un peu.
Jean Paul Lecoutre, président de cette association, est depuis quelques jours pris dans des mailles judiciaires dont il aura sans doute du mal à se sortir. Il a détourné, pour son usage propre, des fonds de l’association. On ne parle pas de 2 € pour aller prendre un café non. Ce sont près de 300.000 euro sonnants et trébuchants que, profitant d’une disposition légale pour les associations subventionnées par les fonds européens (FSE) et nationaux (CNES), le président de cette association a pu se faire construire une jolie piscine, un sauna et, dit-on, un jacuzzi.
Et il n’a pas honte, Monsieur Lecoutre. Non seulement a-t-il été reconnu par la justice coupable de ce détournement de fond, mais, en plus, il fait appel de la condamnation pourtant confirmée en appel devant la cour de cassation. Le dernier rempart du justiciable français avant d’aller voir le conseil européen en somme.
Plus fort que tout, Jean Paul a annoncé qu’il comptait se représenter au poste de président l’année prochaine, qu’il trouvait que les résultats et les chiffres était – malheureusement aurait il pu ajouter – bons et que rien n’entravait son maintien en poste.
Rien n’entrave mon maintien en poste
C’est sur cette phrase, prononcée sur les marches du palais de justice, que le président de l’association a conclu sa prise de parole, refusant de s’exprimer sur le fond de l’affaire (sauna, jacuzzi et piscine) mais sur la forme, sur le fait qu’une cabale était montée contre lui par des opposants au sein du C.A. de l’association qui aimeraient bien, eux aussi, monter en responsabilités en son sein.
300.000 Euro. De quoi nourrir bon nombre de bouches, héberger bon nombre de corps, accueillir humainement bon nombre de malheureux. 300.000 Euro disparus, envolés dans la nature, pour le seul bénéfice d’un homme et de son confort luxueux.
Depuis, le président a imposé une omerta sur l’association. Plus personne ne répond ni aux mails ni aux appels téléphoniques. Même les actions sont « momentanément » suspendues. Plus de maraude, plus de lit pour la nuit, plus de malheureux. Envolées les belles idées de juste répartition, de nourriture et d’accompagnement des plus faibles. Les projets de centre d’accueil, de maison de l’emploi et de cabinets de toilette mobiles sont tombés à l’eau. Envolées les idées progressistes de l’association Française des Pauvres et Déshérités
Lorsque la fable devient vérité
J’aurais pu en finir ici avec ce texte. S’il aurait rappelé à certaines ou à certains la situation politique en France, il serait passé dans la moulinette de Google, aurait connu quelques lectures, éventuellement quelques commentaires et serait tombé dans les archives – les plus importantes possible – de ce site.
L’association Française des Pauvres et Déshérités n’existe pas. Pas plus que Jean Paul Lecoutre (je m’excuse au passage pour ses homonymes) et, cela va de pair, cette association n’a pas détourné un seul centime. Merci à elle.
Ce qui existe, en revanche, c’est un parti politique, le Front Rassemblement National, parti déclaré et ayant une existence réelle, qui lui aussi a détourné 300.000 Euro du parlement européen pour « avoir rémunéré des cadres du Front national avec l’argent public« . L’argent détourné n’a jamais été remboursé. Le système de détournement, habilement géré par Jordan Bardella, a perduré jusqu’au jugement. La présidente du mouvement a été condamnée, privée de droits civiques et assignée au port d’un bracelet électronique pendant un an.
Cette condamnation n’est pas exécutoire. C’est-à-dire que tant que la prévenue n’a pas épuisé tous les recours existants, elle ne verra pas arriver de sentence. Vous la voyez arriver l’assemblée générale ?
Depuis quelques jours maintenant, point de Jordan, retour de la Grande Marine qui déclame sur les plateaux de télévision qu’elle sera candidate aux prochaines élections présidentielles et qu’elle allait se pourvoir en cassation pour faire casser le verdict rendu. Ce pourvoi, qui devrait se dérouler début 2027, aura laissé couler de l’eau sous le pont du R.N. et aura permis à l’association de démarrer sa campagne et ses réunions. « Fort bien » pour la candidate « on ne saurait intenter à la démocratie en m’empêchant de m’exprimer » ira-t-elle plaider devant la cour de cassation comme justification à l’impossibilité forcée de rendre inapplicable une condamnation.
Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.
Jean de La Fontaine – Fables, Les Animaux malades de la peste (1678).
Nous sommes déjà malades de la peste. Cette instillation lente et douce des esprits que « l’autre » est un danger par ce qu’il est « autre« . Que les prisons ne sont pas assez remplies des petits fauteurs de trouble. Que la police n’est pas assez dure avec les délinquants. Et j’en passe, il y aurait des pages à écrire sur l’incurie que le R.N. met en place pour passer au-delà d’une justice qui se veut « Egale pour tous« .
Certains me rétorqueront que les montants ceci, les peines cela, les délais par-ci, la présomption d’innocence par-là. Ok, j’entends tous ces arguments. Mais la justice a, par deux fois, été rendue et bafouée.
Place Publique écrivait, dans une newsletter :
L’extrême droite ne porte pas seulement un projet dangereux pour notre démocratie : elle incarne aussi le népotisme, la corruption, le règne des coquins et des copains.
Mais nous ne laisserons pas la République française entre les mains de personnes profondément corrompues. Nous nous battrons jusqu’au bout pour que l’extrême droite n’accède jamais au pouvoir dans notre pays.
Jamais ces vérités ne se sont-elles révélées plus vraies !
