Deux familles avec enfants laissées sans abris sur l’Ile de la Réunion
Les expulsions locatives persistent en France et à La Réunion, laissant des familles sans abri malgré la loi DALO de 2007. Cette situation souligne l’écart entre les garanties légales de logement pérenne et la réalité sociale, où les citoyens doivent souvent compter sur la solidarité locale.
Une intervention sociale préventive dès les premiers impayés permettrait d’éviter l’aggravation des dettes et les ruptures de vie. Face à la hausse record des expulsions, des réformes structurelles et un investissement public accru sont présentés comme essentiels pour garantir le droit effectif au logement pour tous.
Pour je ne sais quelle raison, depuis que je suis enfant, j’adore écouter des radios du « bout du monde », Rome, Moscou, USA … Depuis quelques années maintenant, je me suis fixé sur une radio française du bout du monde, la radio Freedom, qui émet et transmet par l’entremise de l’Internet depuis l’Ile de la Réunion.
Cette radio a un fonctionnement qui n’existe plus sur les radios « périphériques » que nous avons en France métropolitaine. Ce sont les auditeurs qui, en appelant au numéro indiqué par l’animatrice ou l’animateur du moment élaborent le programme. Autant dire donc que les messages vont de la perte d’un trousseau de clés à l’annonce dramatique d’un suicide depuis l’un des nombreux ponts qui égrènent l’île Bourbon.
Bref, le sujet n’est pas la radio – même s’il faut que je vous parle de cette passion maladive un de ces jours – mais ce que j’y ai entendu ces derniers jours.
En l’espace de 3 ou 4 jours, ce sont deux femmes avec des enfants qui se retrouvent expulsées de leurs logements et à la rue, sans moyen ni recours, et doivent faire appel à la « magie freedom » (c’est ainsi que les animateurs appellent la solidarité qui lie les Réunionnais entre eux) pour trouver, au jour le jour, des solutions de logement. Je ne parle pas de relogement mais bel et bien de logement.
Quelle différence est ce que je fais entre les deux. Le logement est un endroit où on peut déposer sa vie, ses biens, sa famille et sa fatigue en sécurité, dans la certitude que la situation sera pérenne et qu’elle apportera du confort au foyer qu’elle compose. Le relogement est une solution transitoire, qui offre le temps de trouver un logement, un toit et un abri à celle ou celui qui en est privé.
Et c’est sur ce levier que je ne peux pas accepter que nos politiques, quel qu’en soit l’étiquette, manquent à leurs devoirs principaux. Pour qu’une expulsée de son logement, il faut l’accord du préfet et de quelques autres autorités. Ces personnes, représentantes – même à la Réunion – de l’Etat Français sont elles sans coeur et sans moyen social pour intervenir et éviter cette rupture qui, même si elle se solde le plus souvent par un nouveau logement, représente une rupture évidente et évitable dans la vie d’un être Humain ?
La loi DALO (Droit Opposable Au LOgement) est en place depuis 2007. Elle garantit, dans ses grandes lignes, que chaque citoyen doit se voir proposer une solution de logement sur le territoire. Et que cette solution doit être pérenne et à même de proposer un foyer permanent et continu. Ce que n’est pas un relogement.
L’objectif principal de la loi du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable (DALO) est de garantir le droit à un logement à toute personne qui, résidant en France de façon stable et régulière, n’est pas en mesure d’accéder à un logement décent ou de s’y maintenir.
La question qui se pose est double :
- Pourquoi, en 2026, peut-on encore expulser des citoyens de leur logement lorsque leur situation sociale ne leur permet plus de payer leurs dettes immobilières ?
- Pourquoi, en 2026, doit-on faire appel à la générosité publique pour trouver des solutions de logement pour des citoyens qui n’ont fait comme erreur que de rencontrer des écueils sociaux sur leur chemin ?
On pourra répondre avec facilité qu' »on ne peut pas aider toute la misère du monde » et autres « S’ils sont dans cette situation, ils s’y sont mis le plus souvent tout seuls« .
Si la réalité sociale était si simple, les situations seraient faciles à régler. C’est d’un choix politique qu’il s’agit, choix autant de droite que de gauche – et je le dis à mon opinion défendant – que de devoir disposer de son « stock de misérables » pour montrer à celles et à ceux qui s’en sortent encore à peu près qu’il serait dangereux pour eux de se mettre en mouvement, de protester, voire de tenter de gravir l’escalier social, au risque démesuré de se retrouver à chuter et à vivre dans une telle situation de désespoir.
L’action sociale, dans notre pays, n’est que réactive. Elle va attendre que la situation se soit enkystée pour tenter de venir en aide. Elle va attendre que la dette éventuelle atteigne des milliers ou des dizaines de milliers d’Euros pour tenter de trouver une solution. Elle va attendre qu’une femme et ses enfants soient à la rue pour leur chercher une solution de relogement.
Pendant ce temps, une femme et des enfants sont abîmés par la société, par l’Etat qui doit les protéger et leur offrir sécurité et paix. Qui n’offre plus ni l’un, ni l’autre aux habitants, notamment, des zones les plus paupérisées.
En 2026, alors que nous allons dans l’espace, alors que nous traversons les mers, alors que certains roulent dans des voitures dont le prix se compte en six chiffres, on laisse à la rue des personnes, des citoyens, qu’on fait de seconde zone. On laisse des situations devenir critiques pour agir.
Il serait tout à fait possible d’interdire, toute l’année durant – et pas seulement au cours de la trève hivernale – les expulsions. Il « suffirait » (je le mets entre guillemets car je sais que les actions sociales sont lourdes et pénibles dans notre pays) que le bailleur, privé comme publique, ait pour obligation de saisir une commission d’aide sociale au premier impayé. Pas de saisir un tribunal lorsque cela fait un, deux ans ou plus que le loyer n’est plus payé. Lorsqu’une dette demeure sous contrôle (n’est-ce pas, la France ?) elle est « facilement » épongeable et les relations entre le logeur et le logé demeurent « normales ». Les incidents de parcours sont plus facilement excusés et les difficultés facilement gommées. Lorsqu’on l’a laissée gonfler comme un ballon de baudruche, elle devient ingérable, écrasant sur son passage toute tentative d’aide sociale, humaine ou familiale, que ce soit du côté du bailleur comme de celui du locataire. Agir, vite et tôt, pour résoudre dans l’oeuf les situations qui indiquent une difficulté apparaissant c’est mettre en place des renforts sociaux pour aider un individu à rebondir d’une situation dans laquelle il se retrouve contre son gré.
C’est agir tant qu’il est encore temps pour règler une situation naissante.
Second point, et c’est le sens de la loi DALO et de sa notice, il n’est pas acceptable qu’en ces temps – dits – modernes, des familles se retrouvent à la rue sans solution. Il n’est pas normal qu’une loi, votée en 2007 – il y a 20 ans – n’ait pas pris la mesure de la gravité de la situation et prévu des logements « d’urgence » pour répondre aux situations éponymes. Rien ne justifie que les bailleurs sociaux, qui bénéficient en grande partie de fonds de l’état (On vous rappelle à quoi sert le Livret A ?) n’aient pas obligation de construire 5 %, par exemple, de logements qui ne seront pas mis sur le marché mais permettront aux plus mal lotis de trouver des solutions. Il n’est pas normal, tout simplement, qu’en 2026 il y ait encore des mal lotis.
Selon la Banque des Territoires, « Les expulsions locatives ont atteint un niveau record en 2025 avec 30.500 ménages forcés de quitter leur logement après décision de justice, un chiffre de la Chambre nationale des commissaires de justice, en hausse de 27% par rapport à 2024. » Les impayés sont en hausse de 2.4 % avec 175.000 commandements de payer délivrés à des locataires en 2025.
Preuve, s’il en fallait, que la crise du logement, qui existe depuis l’après-guerre en France, est conjoncturelle et désirée. Elle permet de conserver son stock de pauvres. Ce sont les victimes d’un système destructeur, néfaste pour hommes, femmes et enfants. Ces personnes se retrouvent à la rue, exposées à de nombreux dangers, en France Métropolitaine comme dans les territoires ultramarins.
Drogue, vol, violence, prostitution parfois, sont le quotidien obligé de celles et ceux qu’on transforme, soit en les mal accueillant, soit en les privant de logement, deviennent ce terme devenu presque banal, des SDF.
2027 est une année électorale, et nous pouvons toutes et tous contacter nos députés pour qu’ils agissent et glissent un paragraphe relatif au traitement de ces « cas sociaux » dans leurs programmes. Selon l’association Les Petites Pierres l’éradication du mal-logement en France coûterait 10 Milliards d’Euros au budget de l’Etat, via six mesures que propose l’association :
- Généraliser le Logement d’abord
- Produire 150 000 logements vraiment sociaux
- Encadrer les marchés immobiliers
- Éradiquer les passoires énergétiques
- Créer une agence nationale des travaux d’office pour résorber l’habitat indigne
- Déclencher un choc de redistribution
Pour terminer, je vous invite toutes et tous, après que vous ayez écrit à votre député, à regarder cette vidéo de l’intervention de Manuel DOMERGUE, Directeur des études de la Fondation pour le logement :
Et à réfléchir par deux fois à la portée du bulletin que vous envisagez de mettre dans l’urne en 2027, à l’aune du vote des représentants du Peuple Français …
