Se libérer du temps pour l’écriture
Olivier Tourchon analyse l’ouvrage de Jérôme Vialleton concernant l’écriture d’un roman malgré un emploi du temps saturé. Initialement conçu pour les femmes gérant la charge mentale, ce guide propose des méthodes transposables aux hommes souhaitant concilier leurs ambitions créatives avec les contraintes d’une vie familiale et professionnelle dense.
L’auteur explore également les dynamiques relationnelles liées au partage des tâches domestiques. Il plaide pour une autonomie accrue des hommes dans la gestion du foyer, soulignant que les critiques persistantes sur leurs méthodes peuvent entraver une répartition équitable et efficace des responsabilités quotidiennes entre les partenaires.
Je lis en ce moment un « guide » qui explique comment écrire un roman lorsqu’on est débordé et que sa vie est déjà pleine à craquer.
Ce guide, Écrire un roman sans temps libre, ni culpabilité: La méthode pour écrire un roman malgré une vie pleine à craquer de Jérome Vialleton a été, fort malheureusement pour mesurer l’état d’esprit de notre société, écrit « pour les femmes ». Entendez par-là qu’il se destine à celles qui connaissent ce qu’on nomme « la charge mentale » et qui essaient, entre un biberon et un enfant à déposer au judo d’écrire quelques lignes de CE livre qu’elles rêvent d’écrire depuis parfois des années.
Je partage à 100 % l’approche de Jérome Vialleton quant à l’injustesse de la répartition, y compris en 2026, de ces tâches entre les femmes et les hommes. Dans ma vision du couple, il n’y a pas deux entités distinctes avec un « tableau excel » de choses à faire et une colonne pour monsieur, une pour madame, mais une quantité donnée de choses à réaliser et un objectif, qu’arrivé au bout de la journée/semaine/mois que couvre cette liste, il n’y figure plus rien.
L’auteur, d’ailleurs, dans la préface – écrite par son épouse – du livre, l’indique clairement, que ce qui s’adapte aux femmes est transposable, à l’identique, aux hommes.
Et c’est sur ce point que j’ai envie de revenir. Est-ce propre à moi ou partagé par tous ? Lorsqu’un homme cherche à équilibrer la charge mentale du quotidien, il a tendance à en prendre bien plus que sa part. Un peu comme s’il devait expier la faute de millénaires de patriarcat rattraper tout le retard pris par la société dans la juste répartition des tâches et se trouve chargé de tout ce qui fait, habituellement, l’apanage de la charge féminine. Depuis la litière du chat jusqu’au paiement de la dernière facture si je devais résumer.
Mais … Il y a un « mais ». L’homme fait de son mieux pour alléger la charge de sa conjointe. Pourtant, elle l’observe et le critique, car il ne fait pas comme elle. Sa façon à elle est forcément la bonne, forte de 10 000 ans d’expérience. Peu importent les « efforts » que l’homme déploiera pour aller vers cette décharge, elle ne sera pas réalisée comme il se doit. La femme voit, je crois, dans le fait que l’homme se charge de « choses » une perte de pouvoir, l’abandon d’un motif de plainte peut-être, ou encore l’impréparation ou la surprise devant la réponse – que je pense être la bonne – que certains hommes apportent. Donc en plus de la charge mentale « transférée » qu’ils se retrouvent à gérer, les hommes se retrouvent à devoir supporter conseils, critiques, remarques et avis négatifs quant à leur façon de faire. Double charge s’il en est, on sait que quoi qu’on fasse, on l’aura mal fait ou, pour mieux dire, pas fait dans la « norme » que Madame attend. Mais cette norme a-t-elle raison ou tort ?
Personne ne se pose jamais la question ; Lorsque je mets les draps à tourner – tous les 15 jours le mardi pour tout vous dire – j’ai droit à « trie bien les couleurs, met à tourner à 40 degrés et j’en passe ». Comme je le réponds alors, je sais lire une étiquette et appliquer les recommandations qu’elle contient. Je sais vivre « seul » (au sens autonomie du faire) sans qu’on me conseille sur la façon de faire les choses.
Mesdames, lentement je le concède, les choses et les positions sont en train de changer. Avec ni plaisir ni fierté je participe à ce changement de paradigme. Mais, par pitié, laissez-nous faire. Si vous voulez savoir – et vous savez – faire un trou sans nos conseils, faites en de même avec le lavage du linge, les loisirs de l’enfant ou je ne sais quelle tâche.
Je vous promets que les hommes y arriveront, sans faillir !

