La langue française enseignée en quatrième année seulement en Algérie. Le français en perte de vitesse ?
Le gouvernement algérien a reporté le début de l’apprentissage du français à la quatrième année de scolarité, privilégiant officiellement l’essor de l’anglais. Cette décision s’inscrit dans un contexte de tensions diplomatiques croissantes entre Alger et Paris concernant des positions géopolitiques liées au Sahara occidental.
Cette réduction de l’enseignement linguistique est perçue comme un recul culturel privant les élèves d’un accès approfondi à la littérature et aux valeurs démocratiques francophones. Au-delà des enjeux politiques, cette mesure limite les échanges intellectuels et la compréhension mutuelle entre les deux nations voisines.
L’enseignement d’une langue ne se limite pas à l’apprentissage de mots et de locutions mises les unes derrière les autres. C’est aussi tout un pan culturel qui vient se partager, se fondre dans une tradition séculaire et offrir aux apprenants une nouvelle fenêtre, pas nécessairement meilleure, sur un autre regard du monde.
Apprendre une nouvelle langue, quelle qu’elle soit, c’est accepter d’aller l’un vers l’autre et de se tendre les dictionnaires qui transcendent les frontières.
Récemment, et c’est son droit, le gouvernement Algérien a décalé l’apprentissage de la langue Française, nous apprend l’excellent journal France Afrique de la troisième année de scolarisation à la quatrième. Motif invoqué officiellement, l’usage immodéré de par le monde de la langue de Shakespeare et diminution de l’usage de celle de Voltaire.
Motif réel, ou du moins supposé, les relations diplomatiques plus que tendues entre Alger et Paris depuis 2024, lorsque le président Macron a officialisé le soutien de la France à la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental.
En d’autres termes, la prise de position d’un Etat, la France, a amené un autre Etat, l’Algérie, a privé ses enfants de l’apprentissage que, souvent, leurs aïeuls maîtrisent et utilisent. Il a pris la décision, justifiée ou non là n’est pas la question, de ne plus permettre de mouvement « facile » entre notre voisin algérien et l’Europe.
Réduire l’apprentissage d’une langue est toujours une perte pour celui qui n’apprend plus. Cesser d’apprendre, c’est se priver – être privé en occurrence – de l’accès à une certaine part de savoir et de culture, à une façon de penser et de concevoir le monde. Etre privé d’apprendre le français, ne serait-ce que d’une année, c’est moins comprendre Hugo, Rousseau, Voltaire ou Lamartine. C’est s’interdire l’accès à la place des femmes, de la démocratie, de l’expression libre et de la liberté d’expression qu’offre la langue française.
Loin, très loin, de moi l’idée de dire qu’en Anglais on ne peut pas philosopher ou porter d’identiques valeurs. Mais on ne peut pas transporter, c’est-à-dire emporter avec soi ces valeurs, voisines géographiques, dans un sens comme dans l’autre, pour que les deux nations concernées s’enrichissent. L’anglais qui va être enseigné est le « business english« , celui qui permet de demander sa route et de trouver un emploi, sans doute pas du « Mignonne allons voir si la rose (…) » à la Ronsard.
Il est toujours regrettable que des choix et des options politiques, quelle qu’en soit la teneur, aboutissent par un appauvrissement culturel. Certains verront des restes de colonialisme dans mon propos, je préfère y trouver des morceaux d’universel.
De cet universel que la France et ses habitants tentent de porter depuis de nombreux siècles, d’amener à travers le monde – souvent maladroitement – pour que germe, partout où elle a pu passer, la graine de la liberté.
Cet universel ne connaît ni parti, ni patrie, ni frontière. Il est. Il habite nos cultures et nos identités et nous en sommes tous et chacun les ambassadeurs lorsque nous visitons un pays ou rencontrons une personne de culture différente.
LImiter l’apprentissage d’une langue, au-delà de la mesure purement vexatoire – et puéril il faut le reconnaître – est à mon sens un recul dans les droits que le peuple Algérien a acquis et va continuer d’acquérir.
Souhaitons-lui Good Luck et espérons que l’Anglais lui apportera la poésie de Shakespeare et les tableaux de Bacon !
En conclusion, l’enseignement du français en Algérie, limité à la quatrième année, soulève des inquiétudes quant à la pérennité de cette langue dans notre société. La richesse qu’offre l’apprentissage d’une langue ne se résume pas seulement à des compétences linguistiques, mais ouvre également des portes sur le plan démocratique, social et économique. En négligeant cette précieuse opportunité, nous risquons de nous priver d’un atout majeur pour notre avenir. Il est crucial de réévaluer notre approche et de plaider pour une intégration plus soutenue du français dans le cursus scolaire. Qu’en pensez-vous ? Partagez vos réflexions dans les commentaires ci-dessous.
